Publié le 12 septembre 2022

Comment impliquer les stagiaires dans la formation de demain ?

– Les crises successives de ces trois dernières années ont-elles modifiées le rapport qu’ont les stagiaires vis-à-vis de la formation ?

– Les nouvelles générations, qui arrivent sur le marché du travail, ont-elles des prérequis différents de celles des anciennes à propos de la formation?

– La façon d’aborder et de s’impliquer dans la formation est-elle toujours d’actualité, apprend-on toujours de la même manière ?

 

 

Constat

Si notre questionnement est légitimé par une demande actuelle des stagiaires et des entreprises en la matière et par une certaine prise de recul sur le sujet, nous pouvons aisément et objectivement observer en premier lieu que l’organisation du travail a significativement évoluée depuis ces trois dernières années, notamment sur la question du travail hybride.

 

Si le télétravail forcé puis le travail hybride ont permis à certains collaborateurs de gagner en autonomie et en indépendance, y compris sur les aspects de la formation, les questions suivantes font aujourd’hui l’objet de débats dans les organisations qui y font face : comment concilier fonctionnement collectif et attentes individuelles ? Comment trouver un équilibre en fonction des profils, des compétences et des différents métiers de l’entreprise ? Comment aborder la notion d’égalité sur les questions d’accessibilité et de facilité à travailler à distance en fonction des capacités sociales, cognitives ou techniques de chacun ? Comment repenser l’organisation avec ce que cela implique en termes d’espace et lieu de travail, de planning, de culture d’entreprise ? Comment s’intègrent les facteurs sociétaux et écologiques actuels dans cette logique de travail hybride ?

 

Ces questionnements nous démontrent que l’implication des salariés est intrinsèquement liée aux choix opérés par l’organisation du travail et inversement, en fonction d’un équilibre entre vie pro et perso.  Par exemple, le travail à distance peut bloquer et éloigner certaines personnes (espace de travail inadapté, accessibilité à la fibre, besoin d’interactions sociales, impossibilité à travailler en autonomie, utilisation des outils de travail à distance…) comme le travail en présentiel peut être contraignant pour d’autres (temps et coûts liés de trajets, accessibilité et travail dans des lieux inadaptés, impersonnalité des échanges, concentration, distractions et efficacité…). Dans les deux cas, l’implication individuelle ne sera pas la même en fonction de divers facteurs.

 

En fonction des éléments précités, le questionnement peut également se poser dans le cadre de la formation professionnelle : avons-nous bien pris la pleine mesure de tous ces changements et évolutions des organisations du travail et de l’implication des individus ? Cela impacte-t-il et de manière significative la façon de concevoir nos formations, ingénierie de formation et ingénierie pédagogique ?

 

 

Retour d’expérience 

Comme la plupart des organismes de formation, nous avons dû rapidement transformer notre approche de la formation professionnelle liée aux conséquences de la covid-19. La digitalisation des formations est alors devenue primordiale afin de survivre à la période. Nous avons transformé rapidement le format des formations pour les adapter à un apprentissage à distance à l’aide de plateformes spécialisées.

 

Dans la continuité de cette première démarche et à la suite des premiers retours d’expériences post-covid, nous avons repensé l’ingénierie de formation en fonction du format à distance. La formation à distance nécessite un positionnement différent de la formation en présentiel. Pour éviter les ruptures et faciliter les séquences d’apprentissage (partie synchrone et asynchrone), il a fallu rendre les formations attractives, voire ludique grâce à l’alternance de méthodes et d’outils pédagogiques variés : vidéos tutorielles et explicatives, quiz, étude de cas, podcasts, jeux…

Photo représentant un ordinateur posé sur un bureau avec un carnet pour prise de note à côté

Photo by Nick Morrison on Unsplash

 

Aujourd’hui, après plusieurs expériences significatives et notamment avec le concours de clients, nous mesurons les limites de la formation à distance.

La première difficulté que nous évoquerons ici concerne l’adaptation des formations à distance à chaque stagiaire. Cela concerne l’individualisation des réponses à apporter à des membres d’un même groupe, comme nous avons l’habitude de le faire en format présentiel. Les temps d’échanges sont formalisés et courts (parties synchrones) ce qui ne facilite pas les interactions même si des « tchats » sont possibles. Les stagiaires perdent en spontanéité dans leur questionnement (travail parties asynchrones).

Ce qui nous amène à une deuxième difficulté, celle de ne pas pouvoir interagir entre stagiaires. Nous observons souvent, en formation inter-entreprise en présentiel, qu’il est primordial pour certains stagiaires de sortir du cadre habituel de leur travail. La formation en présentiel permet de prendre de la hauteur et du recul sur certaines situations, notamment avec le retour et partage d’expériences entre stagiaires. En somme, les besoins relationnels et les interactions sociales sont nécessaires.

 

Enfin, la formation à distance impose d’être naturellement à l’aise avec les outils que le format impose. Toutes les personnes ne sont pas forcément acculturées aux outils tels que les plateformes de formation et d’échanges en ligne (tchat ou Visio) et/ou ne sont tout simplement pas à l’aise dans le relationnel à distance. Les stagiaires ne sont également pas toujours ouverts à se former autour de format ludique type serious game, de même qu’ils ne le sont pas en format présentiel autour de jeux de rôle. Nous n’avons pas tous les capacités sociales, cognitives ou techniques pour y parvenir, ce qui créé même, dans certains cas, un déséquilibre concernant l’égalité d’accessibilité aux formations, donc d’implication. Et ce, même si nous questionnons les stagiaires sur la question et prévoyons des tutos en amont de la formation.

 

L’exercice de la formation à distance pose donc certaines limites liées à la façon d’aborder les conditions d’apprentissage. L’apprentissage opère-t-il toujours de la même manière, les stagiaires sont-ils réellement impliqués dans leurs formations ?

 

La bonne réponse provient, peut-être, de la réflexion sur le sujet par notre stagiaire, Pauline, avec qui nous avons eu la chance d’échanger l’été dernier :

 

Pauline : « Pendant des mois de confinement, on fut forcé de suivre les enseignements à distance, travailler à distance, apprendre à distance. Je pense personnellement que de pouvoir choisir la dose de distanciel que l’on veut intégrer à notre quotidien permet d’avoir une certaine liberté et une certaine autonomie d’exécution.

On n’apprend pas tous de la même manière et parfois le distanciel peut bloquer certaines personnes dans le sens ou ce n’est pas dans leur habitude d’apprendre à travers un écran tandis que pour d’autres, c’est leur quotidien. Quand on prend l’exemple du CNED, ou « l’école à la maison », de nombreux étudiants arrivent à parfaitement se former à distance depuis chez eux sans n’avoir jamais été en contact physique avec un enseignant. »

 

 

La loi « pour la liberté de choisir son avenir professionnel » ainsi que le « référentiel national qualité » (certification qualité des organismes prestataires concourant au développement des compétences) nous ont déjà donnés quelques pistes de réflexion sur la manière de prendre en compte la dimension de l’implication des stagiaires dans LEURS formations. La crise COVID-19 nous a également poussé à agir et à travailler par étapes sur le sujet de l’apprentissage à distance.

 

Si cela n’a pas été volontairement évoqué en amont, la question peut par ailleurs se poser d’un point de vue de la formation en présentiel. L’implication des stagiaires y est-elle tout autre ? Même si le format permet de favoriser le travail d’adaptabilité d’un.e formateur/formatrice, car les interactions sociales y sont plus favorables et l’individualisation des réponses aux stagiaires se fait en direct, l’individualisation des parcours et l’autonomie à se former n’est pas toujours possible sur des formats courts et en groupe. On y retrouve également des ruptures dans l’apprentissage, certes moins flagrantes que la formation à distance, pour les formations longues.

 

Des pistes pour l’implication des stagiaires dans la formation de demain

Avec la prise de recul nécessaire à l’exercice d’une évolution de nos pratiques professionnelles, nous pouvons maintenant envisager de travailler pleinement à la question première de cet article : « Comment impliquer les stagiaires dans la formation de demain ? ».

 

Si la finalité de l’apprentissage pour un individu est de pouvoir projeter ses acquis dans son monde professionnel et personnel, les conditions de l’apprentissage passent par la sécurisation. Pour apprendre, un individu devra vouloir et pouvoir se former, oser apprendre et se nourrir d’éléments qui font écho à ses besoins en termes de valeurs et de sens. Le résultat doit apparaitre comme une réelle plus-value pour les apprenants. Il faut également mettre en exergue les nouvelles technologies qui facilitent l’apprentissage, à condition qu’elles soient utilisées au service de tous les apprenants : inclusives et luttes contre l’illectronisme.

 

Photo représentant un robot qui est assis sur un banc et apprenant à partir de feuilles papier

Photo by Andrea De Santis on Unsplash

 

 

Pour impliquer un stagiaire dans la formation de demain, il faudra donc répondre à ces conditions :

 

– L’hyper-personnalisation des parcours de formation en fonction des besoins d’apprentissage et des objectifs professionnels et personnels des apprenants (question de sens et de valeurs, en fonction de la personnalité, du niveau) sur des compétences clés souhaitées par les stagiaires. Le but est d’éviter les ruptures et le manque d’implication pour des formations non souhaitées, en partie acquises ou encore obsolètes ;

 

– L’accessibilité à la formation: comme pour le FALC (facile à lire et à comprendre), la formation doit être facilement accessible et facile d’utilisation avec des contenus adaptés à tous en fonction des capacités de chacun pour éviter les ruptures. Les outils pédagogiques, aussi modernes et ludiques soient-ils, se doivent d’être au service des stagiaires et non l’inverse : inclusion et égalité de tous face à la technique et le contenu (illectronisme), y compris pour les personnes en situation de handicap ;

 

– L’autonomie à se former : liberté de se former partout, sur différents supports, dans le temps, avec des contenus interactifs et attractifs, toujours accessibles à tous et pour tous, sur lesquels on peut revenir rapidement et apprendre en ligne en toute autonomie, voire réviser. Les apprenants ont accès à une multitude de compétences clés dont le contenu est régulièrement abreuvé ;

 

– La place et le rôle du pédagogue: mentor, coach ou accompagnateur plus que formateur. L’expérience et l’expertise sont les réelles valeurs ajoutées à la formation, dans un contexte où l’accès aux contenus de beaucoup de connaissances sont souvent disponibles gratuitement sur le web. À noter qu’elle/il organise des événements aux multiples formes, à distance ou en présentiel, afin de générer des interactions et le partage d’expériences et de corpus de connaissances entre différents stagiaires, de différents niveaux, de compétences connexes : brainstorming, groupe alumni, séminaires, webinaires…

 

 

Pour résumer, je vous partage une dernière réflexion sur le sujet de la part de Pauline : « L’important est d’écouter les apprenants quant à leur limite face à la formation : plus on les sonde pour connaître leur point de vue sur la question, plus on peut se rapprocher de leurs besoins. »

 

Ce sera l’objectif de 5 Sens Conseils en cette fin d’année 2022, sonder et écouter les apprenants afin de se rapprocher de leurs besoins, pour les impliquer, réinventer les pratiques de demain, pour démocratiser la formation. Ce sera également l’occasion de répondre au développement des nouvelles compétences clés, dont les évolutions sont de plus en plus rapides, et qui représentent un véritable enjeu stratégique des entreprises.

 

Notre nouveau projet à destination des stagiaires de la formation prendra forme courant 2023.

 

 


 

Article rédigé par David Mazure, dirigeant depuis 8 ans de l’organisme de formation 5 Sens Conseils, D.U en Psychologie de l’Homme au travail, certifié ICPF PRO consultant formateur confirmé dans les domaines du management, de la communication et de la qualité de vie au travail, formation au Pilotage d’une démarche QVCT à l’ANACT, praticien certifié MBTI®

A propos de 5 Sens Conseils : Organisme de Formation spécialisé en formation management, formation communication et QVCT, basé à Strasbourg.